Le son et l’image : un peu d’histoire

Je parcourais récemment les extraits d’une conférence nommée “The sound behind the image” (le son derrière l’image) donnée en 2007 par l’un des patrons de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences, où il présentait ce qui, d’après lui, avait représenté les époques marquantes des effets sonores au cinéma.

Nous savons tous que le premier film “sonore” qui a frappé l’imaginaire du public est “The Jazz Singer” d’Alan Crosland. Sorti aux Etats-Unis en octobre 1927 (en octobre 1929 en France), il est à la fois parlant, chantant et musical.
Al Jolson, russe d’origine et “entertainer” réputé, y tient le rôle principal, où il apparait maquillé en noir.

Ce film a lancé les studios américains, ainsi que les cinémas, dans une forte réflexion : comment devaient-ils s’équiper, qui employer pour les prises de son, comment restituer le son dans les salles…

Mais qu’en est-il des bruitages et autres effets sonores ? Voici une courte synthèse de son intervention.

Selon le conférencier, le premier film avec “effets spéciaux”, et surtout celui qui lui a donné l’envie de faire ce métier, serait “The Adventures of Don Juan”, un film Warner de 1926. Film muet à la base, il avait été mixé avec quelques bruitages rudimentaires, dont un combat à l’épée.

Après vient le grand classique : “Tarzan and his mate“, un film MGM de 1934, où Johnny Weissmuller (ancien champion de natation) pousse le fameux cri, reconnaissable entre tous et pour des générations…
Le son utilisé est un “palindrome”, car il peut s’écouter de la même manière dans les 2 sens. De nombreuses histoires cherchent à expliquer comment il fut réalisé mais la plus commune est que les premières notes ont été chantées, puis remontées les unes avec les autres. Une copie de ce son a ensuite été inversée et à nouveau mélangée à l’original, un vieux truc d’édition sonore… Ce film n’a pas de musique, juste des effets sonores pour marquer le suspense et les scènes d’action.
Il convient aussi de noter que l’idée de faire transmettre des informations par Cheetah la guenon avec quelques cris/sons a été une grande innovation.
“L’ancêtre” de R2D2, en quelque sorte, un personnage qui ne parle pas mais agit et communique.

En 1936, Universal produit Flash Gordon. La science-fiction permet de nombreuses expérimentations pour les réalisateurs des effets sonores. Comme personne ne pouvait savoir à l’époque quel bruit pouvait produire une fusée dans l’espace, les vaisseaux spatiaux sont donc supportés par une sorte de “vibration” électrique, à priori reprise et adaptée d’un Frankenstein de 1931. Personne ne s’en est aperçu car cela collait parfaitement…

D’autres exemples émaillent sa conférence :
La guerre des mondes (War of the Worlds, Paramount, 1953) où est utilisée une guitare électrique (instrument récent auprès du public) pour les rayons laser des martiens par exemple. Ce film reçut d’ailleurs un oscar pour les effets spéciaux et a très probablement influencé les bruitages des lasers dans Star Wars…
L’Homme des vallées perdues (Shane, Paramount, 1953) introduit les détonations fortes des coups de feu. Le réalisateur George Stevens, qui avait participé à la 2ème guerre mondiale, voulait montrer la puissance des armes. Donc, le son des détonations a été ralenti et mixé avec des coups de canon. Et afin de rendre le bruit encore plus puissant, chaque explosion est précédée d’une période de calme, par l’utilisation intensive de craquements de planchers et de grincements de dents…
– Les dessins animés de BipBip et le Coyote (Wile E. Coyote and Road Runner, Warner Bros.) font appel à des sons du monde réel pour les effets comiques, là où d’autres utilisent surtout les instruments de musique pour accentuer ces événements. Ceci démontre que les résultats les plus efficaces sont obtenus lorsque l’on trouve le bon effet sonore “réel”, et qu’il fonctionne…

Pour conclure, il apparait que le design des effets sonores remonte effectivement aux presque débuts du cinéma. Des ingénieurs du son, des bricoleurs, des inventeurs, des créatifs ont conçu leurs habillages sonores tant à partir d’extraits “de la vraie vie” que de tout ce qui pouvait leur tomber sous la main… remixant, cherchant, peaufinant, triturant… pour faire que le son, derrière l’image, apporte ce petit complément d’âme ou de réalité que nos oreilles demandent…