Politique et droit d’auteurs au Ghana
Posted by CybearDJM in découvertes, propriété intellectuelle, vidéosUne petite histoire sur la propriété intellectuelle et les droits des artistes africains, qui va se finir au tribunal…
Sidney Ofori est un chanteur de hiplife originaire du Ghana. Il se fait également appeler “Barima”, ce qui signifie homme en langue Twi. Bien que très populaire, il est l’un des artistes les plus controversés du Rap ghanéen, suite à la diffusion ou l’utilisation de certaines de ses anciennes chansons…
Le Hiplife est un style musical qui fusionne Hip Hop et Highlife.
Le Highlife est un genre musical originaire du Ghana dans les années 20 et qui s’est largement étendu au-delà, dont le Nigeria. On peut caractériser le Highlife par l’utilisation d’une section de cuivre plutôt jazzy et la présence de plusieurs guitaristes qui mènent les débats… Parmi les artistes ou groupes très connus (de ce côté-ci…), on citera Prince Nico Mbarga, “Sir” Victor Uwaifo ou Osibisa.
Pour en savoir plus : une interview sur la commercialisation du Hiplife (en anglais)
Maintenant que nous avons dressé le tableau, voici la problématique : Barima Sydney a sorti en début d’année 2008 un nouveau titre Africa Money (feat. Morris Babyface). Le sujet en est “polémique”, à savoir que certains politiciens amassent des fortunes sur le dos des contribuables. Même si de nombreuses personnes voient en “Africa Money” une chanson politique, Sidney met en avant que ce n’est qu’une chanson “sociale”, conçue pour le plaisir de tous.
Dès la sortie de ce titre Sydney et son management ont été approchés par plusieurs organisations politiques qui souhaitaient le diffuser pendant leurs réunions et autres “conventions” électorales… Mais Sydney ne l’a pas autorisé, en considérant que l’objectif de cette chanson n’était pas qu’un parti s’en serve pour se moquer de ses opposants, surtout qu’il avait déjà connu des déboires avec un titre précédent “Scent no” pendant la campagne électorale de 2004 (bien qu’ayant autorisé l’utilisation du titre par un parti, les fans avaient cessé de l’acheter et l’avaient accusé de parti pris politique).
Quelle ne fut donc son “indignation”, lorsqu’il a découvert que le National Democratic Congress (NDC) diffusait amplement et régulièrement “Africa Money” dans ses meetings électoraux !
Sydney et son management ont donc contacté le NDC pour mettre fin à cette utilisation abusive et non désirée, qui leur a “gentiment” dit “d’aller se faire voir“…
Le NDC a continué à utiliser la chanson, car d’après eux, même s’ils ne détenaient pas les droits sur le titre, l’artiste n’avait aucun droit, lui, pour stopper son utilisation. Le Secrétaire Général du parti aurait même maintenu que “Africa Money” était désormais dans le domaine public et de ce fait n’importe qui pouvait l’utiliser : “une fois le titre acheté avec notre argent, nous pouvons le diffuser n’importe où, surtout si nous ne l’utilisons pas à des fins commerciales”. Il a ensuite transféré la responsabilité sur les DJs qui animent ces événements.
Barima Sidney a donc décidé qu’il irait au tribunal pour obtenir l’application de sa propriété intellectuelle et faire valoir ses droits, avec les preuves qu’il a récoltées (vidéos…), puisque le NDC refusait intentionnellement de respecter sa demande expresse adressée aux partis politiques de ne pas utiliser sa chanson pour cette campagne électorale.
Conclusion :
La propriété intellectuelle pour les artistes en général, et les musiciens en particulier, est très souvent mise à mal en Afrique, sans parler du piratage endémique. Les sociétés collectives de collecte et de gestion des droits d’auteurs, souvent inspirées du modèle de la SACEM pour les pays francophones, ont beaucoup de mal à fonctionner librement et peinent à offrir une saine gestion.
Mais si les hommes politiques eux-mêmes ne sont pas en capacité de comprendre et d’appliquer les règles de diffusion ou les droits des producteurs, éditeurs et autres artistes-interprètes, il reste à souhaiter que la justice fasse passer le message comme il convient.
Vous avez aimé ce billet ? Pour recevoir directement dans votre mail
les mises à jour de KoToNTeeJ, entrez votre adresse email ci-dessous :
Ou retrouvez-moi sur Google+ !


Entries (RSS)