Une note courte : il n’y a pas qu’au Ghana que les partis politiques “oublient” de respecter le droit d’auteur…
Vue une dépêche d’agence reprise sur plusieurs sites d’infos, où il apparait que le parti politique français UMP est attaqué par le groupe américain MGMT pour “contrefaçon”… A savoir l’utilisation non déclarée, donc sans autorisation (ni rémunération ?), du titre “Kids”.
En plus de son utilisation lors de meetings, la chanson avait été aussi utilisée dans 2 vidéos.
Une demande d’indemnisation est en attente, et tant que cette “atteinte aux droits de la propriété intellectuelle” ne sera pas réparée, les avocats se réservent le droit d’aller en justice…
Sans vouloir être désagréable, le 4 mars, le gouvernement doit présenter sa loi pour protéger les oeuvres culturelles sur le Net… Avant d’aller nettoyer le Net, il faut déjà arriver à balayer devant chez soi…
Car payer des droits à la SACEM (société collective française des auteurs et éditeurs), c’est une chose, demander l’autorisation de diffusion et de synchronisation en est une autre…
Une petite note rapide, sur une info que j’ai vue passer : les ayant-droits de Bob Marley ont autorisé que son nom soit désormais utilisé comme marque sur tout un ensemble de produits, et pas seulement dérivés…
Image via Wikipedia
Ainsi, on devrait bientôt voir arriver sur certains marchés : de la bière (Marley Lager en Jamaïque), un jeu vidéo, du café (bio issu de la plantation familiale), des snowboards, des casques audio, des économiseurs d’écran, des bagages, des vêtements et chaussures… toute la panoplie possible, ou presque…
A la base, l’idée est de combattre les pirates de tous poils qui tirent d’énormes profits annuels de produits divers et variés, sans bien évidemment verser de royalties… Un bon moyen, certes, de contrôler le marché en créant une vraie licence.
Mais là où cela va très loin, c’est qu’en plus de la marque “Bob Marley” proprement dite, sont concernés aussi le nom Tuff Gong ou des titres de chansons, comme Catch A Fire, One Love ou Three Little Birds, ou de simples extraits des paroles.
Ainsi, une chaine de cafés “One Love” pourrait voir le jour…
A suivre…
Pour finir en musique, dans la série Playing for Change, voici One Love, avec la participation de Keb’ Mo’ et Manu Chao ! Cette vidéo, extraite du documentaire global, a été mise en ligne pour le 6 février, date de l’anniversaire de Bob.
Comme nous l’avons vu récemment, le titre Wanna Be Startin’ Something, issu de l’album Thriller contient la reprise d’un gimmick du Soul Makossa de Manu Dibango, au centre de procès* en cascade.
Mais la question qui est posée est : Qui a eu cette idée ? Qui de Michael Jackson ou de Quincy Jones, arrangeur-producteur de l’album ?
A priori, c’est Quincy. Il a étudié à Paris, donc a probablement eu l’occasion de se frotter aux rythmes africains, certainement plus que Michael Jackson… Par ailleurs, Manu était déjà plutôt connu aux USA à l’époque de l’enregistrement de l’album.
Bon, on ne va pas rester sur ce “petit” problème… Il y en a (eu) d’autres plus importants…
* Dans le cas du plagiat, ou de la contrefaçon, de Rihanna, les avocats de Manu auraient demandé à la Justice Française 500000€ de dommages et intérêts et que Sony BMG, EMI et Warner Music soient empêchés de percevoir tout revenu tant que le “problème” n’est pas résolu. Les juges statueront ce mardi 17 janvier 2009 sur leur capacité à traiter ce cas ou non.
Une petite histoire sur la propriété intellectuelle et les droits des artistes africains, qui va se finir au tribunal…
Sidney Ofori est un chanteur de hiplife originaire du Ghana. Il se fait également appeler “Barima”, ce qui signifie homme en langue Twi. Bien que très populaire, il est l’un des artistes les plus controversés du Rap ghanéen, suite à la diffusion ou l’utilisation de certaines de ses anciennes chansons…
Le Hiplife est un style musical qui fusionne Hip Hop et Highlife.
Le Highlife est un genre musical originaire du Ghana dans les années 20 et qui s’est largement étendu au-delà, dont le Nigeria. On peut caractériser le Highlife par l’utilisation d’une section de cuivre plutôt jazzy et la présence de plusieurs guitaristes qui mènent les débats… Parmi les artistes ou groupes très connus (de ce côté-ci…), on citera Prince Nico Mbarga, “Sir” Victor Uwaifo ou Osibisa.
Pour en savoir plus : une interview sur la commercialisation du Hiplife (en anglais)
Maintenant que nous avons dressé le tableau, voici la problématique : Barima Sydney a sorti en début d’année 2008 un nouveau titre Africa Money (feat. Morris Babyface). Le sujet en est “polémique”, à savoir que certains politiciens amassent des fortunes sur le dos des contribuables. Même si de nombreuses personnes voient en “Africa Money” une chanson politique, Sidney met en avant que ce n’est qu’une chanson “sociale”, conçue pour le plaisir de tous.
Dès la sortie de ce titre Sydney et son management ont été approchés par plusieurs organisations politiques qui souhaitaient le diffuser pendant leurs réunions et autres “conventions” électorales… Mais Sydney ne l’a pas autorisé, en considérant que l’objectif de cette chanson n’était pas qu’un parti s’en serve pour se moquer de ses opposants, surtout qu’il avait déjà connu des déboires avec un titre précédent “Scent no” pendant la campagne électorale de 2004 (bien qu’ayant autorisé l’utilisation du titre par un parti, les fans avaient cessé de l’acheter et l’avaient accusé de parti pris politique).
Quelle ne fut donc son “indignation”, lorsqu’il a découvert que le National Democratic Congress (NDC) diffusait amplement et régulièrement “Africa Money” dans ses meetings électoraux !
Sydney et son management ont donc contacté le NDC pour mettre fin à cette utilisation abusive et non désirée, qui leur a “gentiment” dit “d’aller se faire voir“…
Le NDC a continué à utiliser la chanson, car d’après eux, même s’ils ne détenaient pas les droits sur le titre, l’artiste n’avait aucun droit, lui, pour stopper son utilisation. Le Secrétaire Général du parti aurait même maintenu que “Africa Money” était désormais dans le domaine public et de ce fait n’importe qui pouvait l’utiliser : “une fois le titre acheté avec notre argent, nous pouvons le diffuser n’importe où, surtout si nous ne l’utilisons pas à des fins commerciales”. Il a ensuite transféré la responsabilité sur les DJs qui animent ces événements.
Barima Sidney a donc décidé qu’il irait au tribunal pour obtenir l’application de sa propriété intellectuelle et faire valoir ses droits, avec les preuves qu’il a récoltées (vidéos…), puisque le NDC refusait intentionnellement de respecter sa demande expresse adressée aux partis politiques de ne pas utiliser sa chanson pour cette campagne électorale.
Conclusion :
La propriété intellectuelle pour les artistes en général, et les musiciens en particulier, est très souvent mise à mal en Afrique, sans parler du piratage endémique. Les sociétés collectives de collecte et de gestion des droits d’auteurs, souvent inspirées du modèle de la SACEM pour les pays francophones, ont beaucoup de mal à fonctionner librement et peinent à offrir une saine gestion.
Mais si les hommes politiques eux-mêmes ne sont pas en capacité de comprendre et d’appliquer les règles de diffusion ou les droits des producteurs, éditeurs et autres artistes-interprètes, il reste à souhaiter que la justice fasse passer le message comme il convient.