Baloji – Kinshasa Succursale – Back to Congo

J’ai déjà eu l’occasion de le dire ici, je n’ai pas une grande passion pour le rap ou le hip hop, quelques soient ses origines… Aussi, lorsque j’ai lu la présentation de Baloji, en attendant le CD “Kinshasa Succursale“, son nouvel album qui sortira le 21 novembre prochain, je me suis dit que j’allais me forcer à l’écouter une fois, pour passer à autre chose ensuite…
J’aurais dû me méfier… d’autant que j’avais bien apprécié sa reprise du fameux Independance Cha Cha, titre de 1960 écrit par Joseph “Grand Kallé” Kabasele et Nicolas “Dr Nico” Kassanda. Dans le clip, qui m’a servi à illustrer mon article sur les compilations sorties pour fêter les indépendances Africaines, au style rétro à souhait, il était même accompagné par les musiciens de Wendo Kolosoy… J’aurais dû me méfier, vous dis-je…

baloji kinshasa succursale cover

Par où commencer… Tout d’abord, Baloji n’a pas réellement le débit d’un rappeur, on est plus dans le flow. Et j’avoue même, avoir cru que dans l’intro du 1er single ci-dessous, c’était Grand Corps Malade qui faisait un featuring… Voici donc Karibu ya bintou avec la participation de Konono n°1 aux likembés électriques, tourné dans les rues de Kinshasa, et sur le site du légendaire combat de boxe “Rumble in the Jungle”, où Mohammed Ali a affronté G. Foreman, dont il est question dans le film “Sould Power“.

“I’m Goin Home… nakuenda”, c’est ainsi que Baloji mettait un point final à son 1er album, Hôtel Impala, sorti en 2007. Une conclusion, qui sonnait plutôt comme une ouverture vers le futur pour ce Congolais né en 1978 à Lubumbashi, grandi dans la Wallonie en crise. “Là-bas, tu ne te sens pas tout à fait congolais. Ici, tu ne te sens pas vraiment belge.” Voilà ce dont parlait ce disque, d’une quête d’identité à l’heure de la trentaine. Entre soul spirituelle et tambour de bouche, il y jetait l’encre noircie au fil de ces années, sur tous les épisodes de sa vie. “Je répondais à ma mère naturelle qui m’avait demandé, lors de notre unique conversation au téléphone en avril 2005 : ‘Qu’as-tu fait pendant vingt-cinq ans ?’”

Pour exorciser cette crise de la trentaine, Baloji décide donc de retourner au Congo et de réenregistrer son 1er album avec les musiciens du pays. Au final ce sont autant de nouveaux titres qui sont sortis des nombreuses rencontres et collaborations.

Voici un documentaire du Making of de Kinshasa Succursale.

http://www.youtube.com/watch?v=e-cvFVDV4c0

Fin octobre 2008, Baloji est passé des mots à l’acte, du souhait à la réalité. “Une institution belge m’a proposé d’animer un atelier d’écriture, avec à la clef un concert. Moi, j’ai préféré commencer par enregistrer un disque, avant tout. Je suis donc venu une semaine en repérages, au mois d’avril. Sept mois plus tard, on est reparti avec nos ordis, des cartes son, quelques micros…” Et deux complices dans les bagages : un ingénieur du son, Cyril Harrison, aux manettes et le bassiste Didier Likeng, aux arrangements dans la grande tradition chorale Camerounaise. Leurs missions : enregistrer un disque qui soit comme une version in situ d’Hôtel Impala. “Tout était préparé, rien n’était écrit, tout s’est improvisé !”

Donc, j’écoute l’album depuis ce WE… car il est très riche de sons et de couleurs. Vous aurez remarqué comme moi que la scène Congolaise actuelle est très prolifique, comme un regain de tonus après les années creuses post-rumba, entre Konono n°1, Kasai All Stars, Staff Benda Bilili… et je ne vous ai pas encore fait mon billet sur l’Orchestre Symphonique de Kinshasa…

Si à certains moments, je décroche sur les textes (le flow, j’ai du mal… en fait), ceux que j’arrive à suivre sont très engagés pour la défense de ce pauvre pays qu’est la RDC actuelle.
Mais c’est surtout la qualité de la construction musicale de chaque titre qui réjouit mes oreilles, des chanteurs invités aux cuivres, des pianos à pouces aux choeurs… A la fin de Karibu ya bintou, Baloji dit “ce n’est pas de la World Music, c’est de la musique de chez nous”.

Baloji par Nicolas Karakatsanis

Une semaine durant, les musiciens du chaudron congolais vont donc défiler : un trio de balafons, des voix de toutes couleurs, conteur de mots ou tombeur de maux, toaster ou soul sister, le groupe Zaïko Langa-Langa au grand complet, tout comme le Konono N°1 et ses likembés, l’ensemble la Grâce, une chorale au nom tout aussi prédestiné que celui de la fanfare La Confiance… La plupart soufflent sur des binious bricolés, retapés, scarifiés par l’usure du temps. “C’est ce qui donne la patine au son, sans équivalent. Pas une mesure à l’identique, pas de métronome. Pas besoin d’effets, tout est acoustique. Même les distorsions des guitares sont naturelles. Même quand ils sont désaccordés, ils jouent juste.” A l’instinct, sur l’instant, dans le vif du sujet. A commencer par l’orchestre de La Katuba, un combo du nom de l’immense ghetto de Lubumbashi où vit la mère de Baloji. En fait, un groupe d’afro-soul-jazz constitué sur place…

C’est cela que j’aime et que j’essaye d’expliquer aux jeunes artistes Africains que je croise. Le son brut, naturel, roots… l’envie de faire, de partager, de jouer… Et même si parfois, ça frôle le désaccordage, ça joue, ça pousse…
Et malheureusement, bon nombre de musiciens sont tellement obnubilés par les machines et les facilités qu’elles apportent, l’oreille collée au métronome, qu’ils en oublient d’être simplement eux-mêmes… et de lâcher prise…

Oh, je ne dis pas qu’il n’y pas eu de travail sur l’album de Baloji, mais que l’équilibre entre un son “de là-bas” et les arrangements nécessaires donne une cohérence totale à l’ensemble. Et s’il s’agit bien de musique ancrée dans la culture urbaine contemporaine, elle sait puiser ses racines dans toute l’histoire musicale Congolaise des 50++ dernières années. Bien loin du hip hop/rap copié par de nombreux jeunes Africains gavés de clips américains et de boucles sans imagination, ni créativité, comme s’ils avaient oublié d’où ils viennent, musicalement.

Voilà, je vais conclure, en vous conseillant cet album, entre pop, hip hop et soul, qui m’a apporté une grande bouffée de fraicheur, et m’a réconcilié avec la musique Africaine de “djeuns”… ;-)

Baloji par Nicolas Karakatsanis

A vos commentaires !!!!


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6 Comments

  • Karim Janin says:

    Super post! Vraiment chapeau !!! Je suis pas fan des liens dans les commentaires, mais certaines infos seront reprises pour notre émission de dimanche sur Crammed Discs (www.radiomasala.org)!
    Franchement, très bonne analyse sur la musique africaine actuelle… Continue !!!

    • cybearDJM says:

      Merci Karim. Pensez à citer KoToNTeeJ, ça fait toujours plaisir…

      • Karim Janin says:

        Ok, ce sera fait ce dimanche. L’émission sera postée sur notre site dès 18h environ si jamais.
        A bientôt dans un autre post !

      • cybearDJM says:

        Merci. J’écouterai online…

        Sent from my HTC

        —– Reply message —–

      • Karim Janin says:

        Super! Si jamais tu veux une fois participer à une de nos émissions, c’est avec plaisir ! On peut faire ça par Skype… de toute façon tu as mon mail au cas ou.

      • cybearDJM says:

        Suis en train d’écouter sur le site.
        Participer, pourquoi pas… ma webcam vient de me lâcher (plus de micro…), je dois donc agir avant tout… ;-)

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